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Les jeunes d’aujourd’hui prendront soin de nous demain. Qui prend soin d’eux ?

il y a 3 jours
4 min de lecture
Les jeunes sont les salariés de demain. Parmi eux, certains deviendront aides à domicile, auxiliaires de vie ou soignants. D’autres accompagneront un parent malade, un conjoint en situation de handicap ou un proche vieillissant. Mais comment leur demander de prendre soin des autres si nous ne prenons pas aussi soin de leur santé mentale ?
Les jeunes sont les salariés de demain. Parmi eux, certains deviendront aides à domicile, auxiliaires de vie ou soignants. D’autres accompagneront un parent malade, un conjoint en situation de handicap ou un proche vieillissant. Mais comment leur demander de prendre soin des autres si nous ne prenons pas aussi soin de leur santé mentale ?

Les premiers résultats de l’étude Mentalo, menée auprès de jeunes de 11 à 24 ans, donnent matière à réfléchir : environ un participant sur trois présente un risque modéré ou sévère de troubles anxio-dépressifs.


Ce chiffre correspond à des symptômes repérés par questionnaire, et non à un diagnostic médical. Ces résultats préliminaires doivent également être interprétés avec prudence, notamment parce que la participation repose sur le volontariat. Ils rendent néanmoins visible une souffrance qui mérite toute notre attention.


Derrière ces données, il y a des adolescents qui cherchent leur place, des étudiants qui doutent et de jeunes adultes qui tentent de construire leur avenir. Certains vont bien. D’autres avancent avec de l’anxiété, un sentiment de solitude ou une fatigue psychologique difficile à expliquer.


Pour une partie d’entre eux, cette souffrance existe avant même le premier emploi.


Comment se projeter dans un métier lorsque l’avenir inquiète déjà ?


Choisir une orientation demande de se projeter : imaginer son quotidien, trouver sa place, croire que l’on pourra apprendre et progresser.


Lorsque l’on va mal, cet exercice peut devenir difficile. Comment envisager les responsabilités d’un poste lorsque l’on doute déjà de soi ? Comment se sentir capable de soutenir une personne vulnérable lorsque l’on a soi-même besoin d’être accompagné ?


Ces questions ne signifient pas qu’un jeune en souffrance serait incapable de travailler dans l’aide à domicile. Traverser une difficulté psychologique ne résume ni une personne, ni ses compétences, ni son avenir.


Mais cela devrait nous conduire à réfléchir aux conditions dans lesquelles nous accueillons les nouvelles générations. Un premier emploi peut offrir des repères, des relations et de la confiance. Il peut aussi devenir une expérience décourageante lorsque les attentes sont fortes et que le soutien manque.


L’aide à domicile : des métiers humains qui demandent un véritable soutien


Accompagner une personne âgée, aider quelqu’un à conserver son autonomie, apporter une présence dans une journée solitaire : ces missions ont une valeur immense.


Elles demandent aussi de s’adapter, d’écouter et de faire face à des situations parfois éprouvantes. La maladie, la perte d’autonomie, les inquiétudes des familles ou le décès d’une personne accompagnée peuvent faire partie du quotidien. L’INRS identifie ainsi la charge émotionnelle liée aux relations avec les bénéficiaires et leur entourage parmi les risques professionnels de l’aide à domicile.


Alors, quelle image de l’avenir proposons-nous à un jeune qui découvre ce secteur ?


S’il rencontre des professionnels qui aiment leur métier, mais expliquent ne plus avoir le temps de l’exercer comme ils le souhaiteraient, que retient-il ? S’il entend que l’épuisement fait partie du travail et qu’il faudra simplement « s’endurcir », peut-il s’y projeter sereinement ?


Nous pouvons mettre en avant l’utilité sociale de ces métiers. Encore faut-il que leur organisation permette de les exercer durablement.


Le sens du métier ne remplace pas de bonnes conditions de travail


« C’est un métier de cœur. »« Il faut aimer les gens. »« On le fait par vocation. »

Ces phrases peuvent exprimer un engagement sincère. Mais elles ne devraient jamais servir à justifier une charge excessive ou un manque d’accompagnement.

Aimer aider ne rend pas insensible à la fatigue. Être bienveillant ne signifie pas pouvoir absorber toutes les émotions. Avoir choisi ce métier ne dispense pas d’avoir besoin de reconnaissance, de repos et de soutien.


La prévention des risques psychosociaux passe notamment par l’organisation du travail, les exigences émotionnelles, l’autonomie et les relations professionnelles. Elle concerne donc les moyens concrets donnés aux équipes pour accomplir leurs missions.


Pour attirer des jeunes, une campagne de recrutement peut ouvrir une porte. Ce qu’ils vivent une fois cette porte franchie détermine aussi leur envie de rester.


Accueillir un jeune, c’est lui permettre d’apprendre sans rester seul


Imaginons une jeune auxiliaire de vie lors de ses premières interventions. Elle connaît les gestes essentiels, mais découvre une personne désorientée, une famille inquiète ou une situation qu’elle n’a jamais rencontrée.


Pouvoir appeler un collègue identifié, poser une question sans être jugée et revenir ensuite sur ce qui s’est passé peut changer son expérience.


Cet accompagnement peut prendre des formes simples : une période en binôme, un référent disponible, des points réguliers pendant les premières semaines et des temps d’échange sur les situations difficiles.


La formation a également sa place : comprendre les troubles cognitifs, communiquer avec les familles, identifier les limites de son rôle et savoir quand demander un relais.


Mais former ne suffit pas si, ensuite, l’organisation empêche d’appliquer ce qui a été appris. Il faut aussi du temps, des consignes claires et une charge de travail réaliste.


Certains jeunes prennent déjà soin des autres


Parler des « aidants de demain » ne doit pas faire oublier ceux qui le sont aujourd’hui.


Certains jeunes soutiennent déjà un proche, parfois tout en poursuivant leurs études ou en commençant leur vie professionnelle. Cette responsabilité peut rester peu visible : ils n’en parlent pas forcément et ne se reconnaissent pas toujours dans le mot « aidant ».


Dans une école, un organisme de formation ou une entreprise, laisser une place à cette réalité permet d’éviter les jugements trop rapides. Derrière une fatigue, une inquiétude ou une difficulté d’organisation, il peut y avoir une situation familiale dont nous ignorons tout.


Écouter ne signifie pas tout résoudre. C’est déjà permettre à une personne d’exprimer un besoin et de chercher un soutien adapté.


Donner envie de prendre soin, sans demander de s’oublier


Nous souhaitons que les jeunes rejoignent les métiers de l’accompagnement et s’y construisent un avenir. Cela suppose de leur montrer qu’ils pourront y apprendre, évoluer, être respectés et préserver leur santé.


Leur sensibilité peut trouver sa place dans ces métiers. Leur besoin de soutien aussi.


Aux employeurs, aux organismes de formation et aux acteurs du secteur de construire un cadre dans lequel demander de l’aide est possible, où les difficultés sont entendues et où l’engagement ne repose pas sur le sacrifice de soi.


On ne peut pas demander aux jeunes de prendre soin de nous demain sans prendre soin d’eux aujourd’hui.


 
 
 

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