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Aides à domicile : pourquoi les frais kilométriques peuvent vous faire perdre de l’argent

15 sept.
7 min de lecture
Temps de lecture : environ 6 minutes
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Les aides à domicile se déplacent quotidiennement pour accompagner des personnes âgées, des personnes en situation de handicap, des familles ou des particuliers ayant besoin d’aide dans leur vie quotidienne.


Dans ce métier, la voiture n’est pas un simple confort. Dans de nombreux territoires, notamment en zone rurale ou périurbaine, elle constitue un véritable outil de travail. Sans véhicule, il devient parfois impossible d’assurer les différentes interventions prévues dans la journée.


Pourtant, les frais liés à ces déplacements sont encore trop souvent sous-estimés. Certaines professionnelles pensent être correctement remboursées dès lors qu’elles reçoivent une indemnité kilométrique. Mais cette indemnité couvre-t-elle réellement toutes les dépenses engagées ?


La réponse dépend du montant versé, du véhicule utilisé, du nombre de kilomètres parcourus et de la situation professionnelle de l’intervenante.


Le prix du carburant ne représente qu’une partie du problème


Lorsque le prix de l’essence ou du gazole augmente, nous pensons immédiatement au coût du plein. Pourtant, le carburant acheté à la station-service dépend de plusieurs éléments :


  • du prix du pétrole brut

  • du taux de change, notamment du dollar

  • des coûts de raffinage

  • du transport et de la distribution

  • des marges appliquées

  • des différentes taxes.


Le prix affiché à la pompe peut donc évoluer rapidement. Mais pour une aide à domicile, le problème ne se limite pas à l’augmentation du carburant.


Un véhicule utilisé quotidiennement pour travailler entraîne également de nombreuses autres dépenses : assurance, entretien, réparations, pneumatiques, contrôle technique, stationnement et perte progressive de valeur.


Une indemnité kilométrique ne devrait donc jamais être considérée comme un simple remboursement de l’essence.


Ce que coûte réellement un kilomètre parcouru


Prenons un exemple très simple.


Une aide à domicile réalise plusieurs interventions dans la même journée. Elle parcourt 35 kilomètres entre les domiciles de ses différents bénéficiaires. Si elle travaille 20 jours dans le mois, elle effectue environ 700 kilomètres professionnels mensuels.


Sur une année, cela peut représenter plus de 8 000 kilomètres uniquement pour les déplacements professionnels.

Ces kilomètres génèrent plusieurs catégories de dépenses.


Le carburant


Il s’agit de la dépense la plus visible. La professionnelle doit régulièrement faire le plein pour pouvoir maintenir ses interventions.


Mais la consommation varie selon le véhicule, le type de trajet, la circulation et le relief. Une aide à domicile exerçant en montagne ou dans une zone rurale ne supportera pas nécessairement les mêmes coûts qu’une professionnelle travaillant dans un secteur urbain très concentré.


L’entretien et les réparations


Plus une voiture roule, plus elle nécessite d’entretien :


  • vidange

  • remplacement des filtres

  • changement des plaquettes et des disques de frein

  • remplacement des pneus

  • réparations mécaniques

  • contrôle technique

  • remplacement de certaines pièces d’usure.


Ces dépenses ne sont pas payées à chaque déplacement, mais elles sont directement liées à l’utilisation du véhicule.


L’assurance


Lorsqu’un véhicule personnel est utilisé dans le cadre d’une activité professionnelle, il est important de vérifier que le contrat d’assurance autorise bien cet usage.


Une assurance prévue uniquement pour les déplacements privés ou les trajets entre le domicile et le lieu de travail ne couvre pas nécessairement les déplacements professionnels effectués entre plusieurs bénéficiaires.

Il est donc indispensable de contacter son assureur pour déclarer l’utilisation réelle du véhicule et vérifier les garanties prévues.


L’usure et la perte de valeur du véhicule


Chaque kilomètre supplémentaire augmente le kilométrage du véhicule et participe à sa dépréciation.


Une voiture qui roule beaucoup devra être remplacée plus rapidement. Même si cette dépense n’est pas immédiatement visible, elle constitue un coût réel pour la professionnelle.


Une aide à domicile qui utilise sa propre voiture pour travailler mobilise donc une partie de son patrimoine personnel au service de son activité professionnelle.


Pourquoi une indemnité trop faible peut devenir une perte financière


Imaginons qu’une professionnelle reçoive une indemnité de 0,30 euro par kilomètre et effectue 700 kilomètres professionnels dans le mois.

Elle percevra :

700 km × 0,30 € = 210 €


À première vue, cette somme peut sembler intéressante. Pourtant, elle doit couvrir le carburant, mais également l’assurance, l’entretien, les pneus, les réparations et l’usure générale du véhicule.


Si le coût réel de la voiture est supérieur au montant remboursé, la différence est payée directement par la professionnelle.


Autrement dit, elle utilise une partie de son salaire ou de son chiffre d’affaires pour pouvoir se rendre chez ses bénéficiaires.


C’est pour cette raison qu’une indemnisation proche de 0,50 euro par kilomètre peut représenter un repère économique plus cohérent pour de nombreuses professionnelles. Ce montant n’est toutefois pas un minimum légal universel : le coût réel dépend du véhicule, de sa puissance, de sa consommation, de son ancienneté et du nombre de kilomètres parcourus.

Chaque professionnelle doit donc effectuer son propre calcul.


Tous les kilomètres ne sont pas forcément traités de la même manière


Il est important de distinguer plusieurs types de déplacements.


Le trajet entre le domicile et le premier lieu de travail


Le déplacement entre le domicile personnel et le lieu habituel de travail n’est pas toujours traité comme un déplacement professionnel.

Les règles dépendent notamment du statut de la professionnelle, de son contrat, de la convention collective applicable et de l’organisation de son activité.


Les déplacements entre deux bénéficiaires


Lorsqu’une aide à domicile se déplace directement du domicile d’un bénéficiaire vers celui d’un autre, ce trajet est lié à son activité professionnelle.

Il faut alors vérifier :


  • si les kilomètres sont remboursés

  • à quel montant

  • comment ils doivent être déclarés

  • si le temps de déplacement est également pris en compte

  • quelles preuves doivent être conservées.


Les kilomètres et le temps passé sur la route constituent deux sujets différents. Le remboursement du véhicule ne rémunère pas automatiquement le temps consacré au déplacement.


Les déplacements effectués pour un bénéficiaire


Une aide à domicile peut également utiliser son véhicule pour accompagner une personne faire ses courses, se rendre à un rendez-vous médical ou accomplir une démarche administrative.

Dans ce cas, les conditions d’utilisation du véhicule, l’assurance et le remboursement doivent être clairement définis avant le déplacement.


Salariée d’une structure, salariée CESU ou indépendante : les règles diffèrent


Toutes les aides à domicile n’exercent pas sous le même statut.


La salariée d’une structure


Une salariée employée par une entreprise, une association ou un service d’aide à domicile doit consulter :


  • son contrat de travail

  • la convention collective appliquée par son employeur

  • les accords internes de la structure

  • les règles prévues concernant les déplacements.

Elle peut demander à son employeur une explication écrite sur la méthode de calcul utilisée.


La salariée employée en CESU


Dans le cadre du CESU, le particulier est juridiquement l’employeur.

Lorsque la salariée utilise son propre véhicule pour les besoins de son employeur, la question de l’indemnisation doit être abordée dès le début de la relation de travail et apparaître clairement dans les conditions convenues.


L’article 57 de la Convention collective de la branche du secteur des particuliers employeurs et de l’emploi à domicile encadre notamment l’utilisation d’un véhicule dans le cadre de l’activité professionnelle.

Il est donc important de ne pas fixer un montant au hasard et de consulter les dispositions conventionnelles en vigueur.


La professionnelle indépendante


Une indépendante ne reçoit pas automatiquement une indemnité kilométrique de la part d’un employeur puisqu’elle fixe elle-même les conditions de ses prestations.


Elle doit intégrer ses déplacements dans son modèle économique, par exemple :


  • en facturant des frais de déplacement

  • en définissant une zone géographique incluse dans son tarif

  • en appliquant un supplément au-delà d’un certain nombre de kilomètres

  • en augmentant son tarif horaire pour intégrer une partie des frais

  • en organisant son planning par secteur géographique.


Une indépendante qui oublie ses frais de déplacement risque de travailler beaucoup tout en dégageant très peu de bénéfice.


Comment calculer simplement le coût réel de sa voiture ?


Pour connaître votre coût kilométrique, vous pouvez commencer par additionner vos principales dépenses annuelles :


  • carburant

  • assurance

  • entretien

  • réparations

  • pneumatiques

  • contrôle technique

  • frais de stationnement professionnels

  • intérêts d’un éventuel financement

  • estimation de la dépréciation du véhicule.


Divisez ensuite le total obtenu par le nombre de kilomètres parcourus dans l’année.


Exemple simplifié

Si votre voiture vous coûte environ 5 000 euros par an et que vous parcourez 12 000 kilomètres, son coût moyen est d’environ :

5 000 € ÷ 12 000 km = 0,42 € par kilomètre


Ce calcul reste une estimation, mais il permet de comprendre pourquoi une indemnité de 0,20 ou 0,30 euro peut être insuffisante.


Vous pouvez également comparer votre résultat avec le barème kilométrique publié par l’administration fiscale. Celui-ci tient compte de plusieurs frais liés à l’utilisation du véhicule. Attention cependant : un barème fiscal, un remboursement prévu par un employeur et un tarif facturé par une indépendante répondent à des règles différentes.


Les bonnes pratiques pour ne plus perdre d’argent


Que vous soyez salariée ou indépendante, quelques habitudes peuvent vous aider à mieux protéger votre rentabilité.


Notez tous vos déplacements


Conservez un relevé comprenant :


  • la date

  • le lieu de départ

  • le lieu d’arrivée

  • le motif du déplacement

  • le nombre de kilomètres parcourus

  • le nom du bénéficiaire ou du client concerné.


Regroupez vos interventions


Lorsque cela est possible, organisez vos bénéficiaires par secteur géographique. Évitez les allers-retours inutiles et prévoyez un temps réaliste entre chaque intervention.


Définissez une zone d’intervention


Pour une professionnelle indépendante, une zone précise permet d’éviter d’accepter des prestations trop éloignées et peu rentables.

Vous pouvez, par exemple, prévoir un tarif de base dans un rayon défini, puis appliquer des frais supplémentaires au-delà.


Relisez vos contrats


Le contrat de travail, le contrat de prestation ou le devis doit indiquer clairement les conditions relatives aux déplacements.

Une phrase imprécise peut provoquer des incompréhensions entre la professionnelle, le client, le particulier employeur ou la structure.


Réévaluez régulièrement vos tarifs


Le coût d’un véhicule évolue. Le carburant augmente, l’assurance peut être revalorisée et les réparations deviennent souvent plus importantes avec l’âge de la voiture.

Un tarif rentable il y a deux ans ne l’est donc pas forcément aujourd’hui.


Employeurs et structures : rembourser correctement, c’est aussi fidéliser


Une indemnisation insuffisante ne représente pas seulement un problème pour les aides à domicile. Elle peut également avoir des conséquences directes pour les structures :


  • difficultés de recrutement

  • refus de certains secteurs géographiques

  • augmentation des démissions

  • fatigue et démotivation

  • retards entre les interventions

  • baisse de la qualité de service

  • difficultés à fidéliser les professionnelles.


Une politique de déplacement claire et réaliste constitue donc un véritable outil de management et de fidélisation.


Les aides à domicile ne devraient pas avoir à choisir entre préserver leur véhicule et accompagner correctement leurs bénéficiaires.


En conclusion : une professionnelle ne devrait pas payer pour pouvoir travailler


Les déplacements font pleinement partie de la réalité du métier d’aide à domicile.

Une indemnité kilométrique juste ne rembourse pas uniquement quelques litres de carburant. Elle doit tenir compte, selon les règles applicables, de l’ensemble des dépenses provoquées par l’utilisation professionnelle du véhicule.

Avant d’accepter un poste, une mission ou une nouvelle prestation, posez-vous les bonnes questions :


  • Combien de kilomètres vais-je réellement parcourir ?

  • Quels trajets seront remboursés ?

  • À quel montant ?

  • Mon temps de déplacement sera-t-il pris en compte ?

  • Mon assurance couvre-t-elle cet usage ?

  • Après toutes mes dépenses, mon activité reste-t-elle rentable ?


Une aide à domicile ne devrait jamais financer elle-même les déplacements nécessaires au fonctionnement de l’activité.


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